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L’E-3F en chasse contre les pirates
Écrit par Commandement 36ème EDCA   

Fin novembre 2010, sur un site internet traitant de l’actualité des Seychelles, on pouvait lire un article portant ce titre : « un E-3F participe à la libération de sept otages seychellois ». Ces derniers étaient détenus sur leur bateau de pêche par des pirates somaliens. Au cours de sa mission du 19 novembre, l’équipage de l’E-3F avait guidé le Merlin de la compagnie luxembourgeoise ACE Aviation sur un contact d’intérêt[1] au nord des Seychelles. La reconnaissance visuelle avait confirmé la présence d’un groupe de pirates. Le lendemain, une opération associant à nouveau l’E-3F, le Merlin d’ACE Aviation et deux navires des gardes côtes seychellois avait permis de retrouver, d’identifier et d’intercepter le groupe de pirates détenant ces otages et perpétrant des attaques dans le secteur des Seychelles.
Si aujourd’hui, pour nos enfants, les pirates ont plus les traits de Jack Sparrow et de son équipage à bord du navire «Black Pearl », la piraterie est bien un souci majeur au large de la Somalie, dans l’océan indien et le Golfe d’Aden. Faisant sûrement moins rêver ces chères petites têtes blondes, mais donnant des cauchemars à nombre de gouvernements et de dirigeants de grandes compagnies commerciales, des pêcheurs somaliens tentent de faire régner la loi de la piraterie à ce carrefour stratégique entre l’Europe et l’Asie, à la sortie de la Mer rouge et du canal de Suez. Initialement, ces pirates attaquaient des bateaux navigants à proximité des côtes. A bord de leurs « skiffs »[2] d’attaque, ils partaient de leurs campements sur la plage pour commettre leurs délits. Comprenant très vite la nécessité d’opérer plus loin en mer, ils ont alors modifié leur mode opératoire en utilisant des « mother skiffs »[3] tractant un ou deux skiffs d’attaque. Ainsi, ils obtenaient une allonge supérieure grâce aux réserves de carburant emportées. Aujourd’hui, les pirates opèrent dans tout l’océan indien. Pour cela, leurs PAG[4] sont composés d’un « mother ship »[5], de mother skiffs et de skiffs d’attaque. Ils peuvent ainsi rester en plein océan durant de longues périodes grâce à ces véritables bases mobiles. Vivant sur ces bateaux de taille très importante, ils peuvent effectuer leurs attaques à l’aide des skiffs embarqués, se ravitaillant régulièrement à bord.
Nos autorités ont décidé de lutter contre ce phénomène très couteux financièrement pour les compagnies qui versent des rançons, mais aussi très problématique pour les gouvernements qui doivent gérer ces prises d’otages (nous avons tous en mémoire l’affaire du « Ponant » et celle du « Carré d’As »). Aussi, une opération de l’Union européenne appelée Atalante a été déclenchée dans ce but et celui de protéger les bateaux du Programme Alimentaire Mondial[6]. Sous les ordres d’un état-major installé à Northwood en Angleterre, les pays participants fournissent des moyens, principalement maritimes, pour tenter de contrer l’action des pirates somaliens. C’est dans ce cadre, qu’en septembre 2009, un E-3F a participé pour la première fois à des missions de lutte contre la piraterie. Au regard des résultats obtenus, il a été décidé de renouveler cet engagement en novembre 2010 pour soutenir les forces en présence, durant la période de commandement français du FHQ[7] déployé sur un navire dans l’océan indien.
L’AWACS[8] français a donc opéré durant trois semaines depuis la base aérienne 188 de Djibouti. Choisie également par les Américains, les Japonais ou les Espagnols participants, elle constitue une plateforme tout à fait adaptée dans la région. Deux équipages et deux équipes de mécaniciens ont été envoyés sur place pour réaliser une mission d’environ dix heures, quasi quotidiennement. Grâce à l’expérience acquise au cours de plus de dix ans de participation à des missions aéromaritimes telles que la lutte contre le narcotrafic, la recherche de l’épave de l’AF447 (Airbus reliant Rio à Paris) dans l’océan atlantique, la première participation à Atalante en 2009, l’E-3F s’est immédiatement et parfaitement intégré dans le dispositif en place. Son interopérabilité avec les moyens des marines française et étrangères et l’entrainement régulier des équipages à ce type de missions ont contribué à faciliter cette intégration. De plus, un « concept d’emploi de l’E-3F en mission aéromaritime », rédigé par les Etats-majors opérationnels air et marine en début d’année, sur ordre de l’Etat-major des armées, guidait le FHQ dans l’emploi de ce système.
Et c’est bien en tant que « démultiplicateur » des moyens engagés que l’E-3F a démontré sa plus-value. En effet, son utilisation seul sur zone n’est pas le mode d’action à privilégier. En revanche, il a été recherché une coopération quasi systématique avec des moyens de reconnaissance visuelle. Ainsi, grâce à la précision de son radar en mode maritime, l’E-3F était en mesure de détecter les cibles en surface sur une zone très étendue. Il contribuait ensuite à l’identification initiale de celles-ci pour sélectionner les contacts dits d’intérêt. Il pouvait alors optimiser le travail des moyens de reconnaissance visuelle en les guidant sur ces contacts d’intérêt, valorisant ainsi leur emploi en multipliant considérablement le nombre de cibles inspectées. Ce travail effectué, deux options se présentaient si des pirates étaient détectés. Dans le premier cas, où un moyen maritime était à proximité, celui-ci pouvait être guidé sur les pirates pour une intervention immédiate. Ce travail a permis à nos contrôleurs de réaliser les interceptions les plus longues de leur carrière ! A quinze ou vingt nœuds, les repères changent quelque peu ! Dans le second cas, si aucun moyen d’intervention n’était disponible, l’E-3F recueillait toutes les informations disponibles pour retrouver les pirates le lendemain, confirmer à nouveau leur présence avec un moyen de reconnaissance visuelle, et finalement intervenir avec un navire dirigé sur les lieux au cours de la nuit.
Ainsi, ce trio E-3F, moyen de reconnaissance visuelle et navire de guerre ou des gardes côtes, a été d’une efficacité redoutable et s’est imposé comme le mode opératoire à privilégier en présence de l’AWACS. En guise d’illustration de cette efficacité, un bilan chiffré de la participation de l’E-3F s’impose. En quinze missions effectuées :
  • sept missions ont permis de détecter des groupes de pirates,
  • quatre interventions ont été effectuées,
  • treize bateaux de pirates ont été détectés,
  • vingt trois pirates ont été arrêtés,
  • sept otages ont été libérés.
Au-delà de ces résultats chiffrés éloquents, chaque mission effectuée se soldait par un « blanchiment »[9] total de la zone de travail assignée. En environ soixante heures de coopération avec des moyens de reconnaissance visuelle, ce sont pas moins de cent dix contacts d’intérêt qui ont été identifiés en plein océan. Encore une fois, le travail de ces moyens était optimisé au maximum puisque une pré-identification était effectuée pour sélectionner les contacts intéressants, et une optimisation de leur trajectoire de travail était réalisée par un guidage précis vers ces contacts. Après quelques missions effectuées avec les Merlin d’ACE Aviation, pourtant équipés de radars, leurs équipages nous ont avoué téléphoniquement que lorsqu’ils volaient en coopération avec l’E-3F, ils étaient sûrs d’obtenir des résultats. Cette confiance mutuelle était capitale et c’est principalement avec ces équipages que tous les résultats mentionnés supra ont été obtenus.
Mais la lutte contre la piraterie est un combat de longue haleine. Après ces missions et ces interventions effectuées surtout au large des Seychelles, ce secteur semblait retrouver une activité normale puisque les deux dernières missions ont permis d’identifier de nombreux dhows[10] de pêcheurs locaux reprenant la mer. Mais il suffira de voir revenir un groupe de pirates dans cette zone pour, à nouveau, perturber toute l’activité. Les moyens maritimes déployés dans le cadre d’opérations de l’Union européenne, de l’OTAN, ou en national obtiennent des résultats certains dans cette lutte. Cependant, la zone est vaste et une coordination plus serrée entre ces moyens est nécessaire. C’est bien là qu’un système tel que l’AWACS trouve tout son intérêt puisqu’au-delà de ses capteurs efficaces sur des distances très importantes, il est en mesure de coopérer avec de nombreux acteurs, d’optimiser l’action de ceux-ci et de renseigner le commandement en fournissant une situation à jour en temps réel.


[1] Détection maritime classifiée comme telle selon des critères déterminés.

[2] Bateaux en bois d’une dizaine de mètre équipés de moteurs puissants.

[3] Bateaux de taille plus importante permettant d’emporter du carburant pour les skiffs et des vivres pour les pirates.

[4] Pirate Action Group

[5] Bateaux souvent pirates, servant de base pour opérer en plein océan et sur lesquels se trouvent souvent des otages.

[6] L’OTAN s’est également engagée dans le cadre de l’opération « Ocean shield » et de nombreuses nations tierces participent également à l’image du Japon, de l’Australie, de la Chine de la Russie, …

[7] Force Head Quarter

[8] Air Warning And Control System

[9] Identification de tous les contacts de surface dans une zone donnée

[10] Bateaux de pêcheurs en bois typiques dans la région

Mise à jour le Mercredi, 12 Octobre 2011 19:10