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Les prémices d'Harmattan avec l'E-3F
Écrit par Commandement 36ème EDCA   

                Après plusieurs années[1] consacrées principalement aux missions de surveillance aérienne au-dessus de la France ou à l’étranger (tirs d’Ariane en Guyane, JO d’Athènes, jeux asiatiques au Qatar, etc.) et aux opérations aéromaritimes de lutte contre le narcotrafic ou la piraterie[2], l’agitation dans le monde arabe du début 2011 nous a vite replongés dans une de nos missions originelles : la gestion des moyens aériens participant à une opération aérienne d’envergure.
                La montée en puissance s’est effectuée pour nous dès début mars avec un premier vol le 06. A partir de cette date, un équipage est parti d’Avord chaque jour vers la Méditerranée pour évaluer la situation et fournir des éléments d’appréciations aux autorités décisionnelles françaises. Quelque chose avait déjà changé dans l’approche et la réalisation de ces vols : les briefings renseignement étaient plus fournis et toutes les actions jusqu’ici « habituelles » étaient réalisées avec une attention particulière. Dès le départ, il était important de « mettre les gens dans l’ambiance ». En effet, effectuant les missions depuis notre base d’attache, il fallait bien faire réaliser à tout le monde que quelque chose avait changé, que le temps de l’entrainement était bien terminé. Pourtant, les membres d’équipages quittaient toujours la maison pour partir en vol et rentraient embrasser les enfants et « faire les courses » à l’issue ! Pour certains, il n’y avait donc rien de nouveau dans ces missions alors que pour d’autres nous partions déjà « faire la guerre ». Quoi qu’il en soit, une fois dans l’avion, tout redevenait plus clair : chacun connaissait parfaitement son travail et l’exécutait avec une rigueur et une attention toutes particulières.
                Nous volions donc quotidiennement  depuis le 06 mars, mais où allions-nous ? Nous avions souvent travaillé à préparer l’engagement d’un E-3F à une opération sans qu’elle ne se concrétise. Celle-ci semblait pourtant très proche …
                Chaque jour à l’affût des informations nouvelles qui pouvaient arriver, je suis devant ma télévision lors du vote de la résolution 1973 des Nations unies le 17 mars : « résolution approuvée » pour assurer la protection de la population libyenne. Les questions commencent alors à se bousculer et surtout : « à quoi va ressembler la mission de demain ? ». De retour à l’escadron, la pression monte d’un cran lors de la préparation : le contenu de la mission ne change pas fondamentalement mais le contexte est bien différent : une coalition a décidé officiellement de s’immiscer dans les affaires libyennes ! Nous décollons pourtant pour la Méditerranée comme tous les autres jours depuis le 06 : « les choses vont-elles se passer comme ces derniers jours ? ».
                L’interrogation ne dure pas très longtemps puisque le changement réel se produit le 19 mars avec les premières frappes de nos chasseurs. L’application est à son comble dans l’équipage et, pour le commandant Christian M. et son équipage, c’est la première fois qu’il faut rendre compte aux autorités au sol que de l’armement a bel et bien été délivré sur les objectifs. Chacun sait maintenant que toute communication a son importance, que chaque message doit être parfaitement compris, que les bonnes informations doivent circuler pour que les bons objectifs soient traités correctement. Tout le monde garde aussi un œil sur ce qui se passe autour : « un chasseur libyen va-t-il tenter de décoller ? », « nos chasseurs vont-ils se faire engager par un système sol-air ? ». Les écrans et les fréquences sont alors veillés par tous : techniciens, contrôleurs, opérateurs, pilotes ou navigateur, chacun apportant une aide précieuse à ses camarades.
                A l’heure dite, les chasseurs survolent l’objectif. Le chef de mission l’annonce au centre de commandement de Lyon qui peut, à son tour, faire remonter l’information.
                A la fin de notre créneau d’effort, la pression peut retomber mais pas l’excitation légitime après cette mission. Au retour à Avord, le « débriefing » est précis et tout est passé en revue pour tirer tous les enseignements et les partager avec l’équipage prévu en vol le lendemain. Ensuite, c’est le retour à la maison et le bain des enfants, le dîner … avec en fond BFM qui relate les événements du jour qui semblent déjà si loin et si proches à la fois.
                Depuis, l’escadron a effectué un vol quotidien dans le cadre de l’opération Harmattan. Nous ne sommes toujours pas déployés et chacun a dû trouver son rythme pour effectuer ces missions en horaires décalés, en les conciliant avec le quotidien de la vie de famille.
                Etre en opération à la maison, cela n’a rien de banal !!!

     

1 - Depuis le conflit du Kosovo
2 - Voir l'article "L'E-3F en chasse contre les pirates"
Mise à jour le Mercredi, 12 Octobre 2011 19:12